Alzheimer? C'est quoi?

Alzheimer si connue, si inconnue...

extrait du Livre "Alzheimer, mode d'emploi" Dr Polydor, Ed. L'esprit du tempsalzh-mode-d-emploi-new.jpg

La maladie d'Alzheimer, comment ça marche ? Nous allons mener l’enquête. Nous vous amènerons sur les lieux du crime, nous trouverons quand il a eu lieu et au final nous tenterons de trouver comment on a tué les neurones, qui est le coupable ?

Où se passe la maladie d’Alzheimer ?

La maladie d'Alzheimer est une maladie du cerveau, c’est une évidence, mais un cerveau c’est quoi au juste ?

Toute l’action se passe dans une prison, la boite crânienne. Elle contient ce qu’on appelle le cerveau, lui même composé de cellules.

 

Les cellules sont les « unités de base » qui composent notre corps. Dans notre cerveau, coexistent deux sortes de cellules. Les plus nombreuses sont les cellules gliales, elles protègent et nourrissent leurs nobles sœurs : les neurones. Ces dernières règnent sur le cerveau, elles sont aux commandes de ses fonctions, sentir et ressentir, ordonner aux mouvements et les coordonner.

Les nobles neurones sont gris et sont cent milliards, leurs sœurs nourricières sont blanches (la substance blanche) et dix fois plus nombreuses !

 

Les neurones sont regroupés. A la surface du cerveau ils forment une fine couche grise, on la nomme l’écorce ou cortex. Dans la profondeur, ils s’amassent comme les noyaux d’un fruit au milieu de la substance blanche (formée par les cellules gliales) : on les appelle donc les noyaux gris centraux.

 

Le cerveau ressemble à une noix, avec son écorce et ses sillons, sa division en deux parties, les hémisphères. Il a cependant la taille d’une noix de coco. Vu de l’extérieur, il a la couleur d’un foie gras cru. Et si vous en aviez la curiosité d’appuyer un doigt dessus, vous lui trouveriez la consistance du beurre.

 

Chaque zone grise du cerveau a une fonction. Par exemple, la zone occipitale, à l’arrière du cerveau, reçoit les images perçues par les yeux. La parole qu’on reçoit est dans une zone, celle qu’on exprime dans une autre. Même l’orthographe a sa zone ! On ne sait pas à quoi elle sert chez les illettrés. Bien sur, ces zones sont connectées les unes aux autres par de foisonnants réseaux constitués par les axones, câbles électriques issus des neurones. Chaque neurone peut d’ailleurs être connecté à 10 000 autres ! Internet paraît pauvre à côté.

 

Une petite zone, dans la profondeur du lobe temporal (à l’aplomb des tempes) joue le premier rôle dans la mémorisation : l’hippocampe. Dénommé ainsi par les anatomistes car quand on le sectionne il a la forme d’un hippocampe (de l’extérieur il ressemble plutôt à une patte). C’est lui qui est en charge de prendre les éléments perçus par les sens, d’en choisir quelques uns et de les faire passer dans la case mémoire. Et qui le coiffe sur l’avant ? L’amygdale ! Car elle a la forme d’une… (Nous laissons le lecteur deviner). Et à quoi sert l’amygdale du cerveau ? A donner la tonalité, plaisir ou danger potentiel, dans ce que nous percevons. Or nous savons tous que la charge émotionnelle est un déterminant capital pour désigner ce que je vais ou non mémoriser. Neutre, je passe et j’oublie. Emotion ? Alerte, mémoire.

Comment la maladie d'Alzheimer s’étale dans le cerveau ?

Savoir dans quel endroit précis elle apparaît et comment elle s’étend permet de comprendre l’évolution des symptômes et, pour les familles, d’être moins soumises à l’imprévisible.

Les premiers signes sont très discrets, la première zone du cerveau touchée étant l’hippocampe, responsable de la mémorisation des choses nouvelles, des apprentissages. C’est pourtant dès ce stade qu’il faudrait la détecter pour que les médicaments soient vraiment efficaces.

Il faut s’imaginer l’extension très lente des lésions à partir d’une petite partie du cerveau, toujours la même. Cette zone est en forme d’hippocampe de mer, elle fut donc nommée « hippocampe » par les premiers médecins qui disséquèrent le cerveau!

Ce fameux « hippocampe » est une partie très archaïque du cerveau formée de trois couches de neurones au lieu de six dans le reste du cerveau. Nous l’avons hérité de nos ancêtres les reptiles, car notre  cerveau est la superposition de tous les cerveaux des animaux dont nous sommes issus et, à l’époque des reptiles, mère nature faisait des cerveaux à trois couches. Notre cerveau retrace l’histoire de l’évolution des espèces ! Un  rôle de l’hippocampe est de permettre aux informations (la réalité perçue par nos sens, la vue, l’audition, l’odorat…) adressées au cerveau, d’être filtrées, sélectionnées et, pour certaines, passer vers d’autres secteurs où elles seront stockés sous forme de souvenirs. C’est la mémoire à court terme, celle qui permet de se rappeler de ce qui vient de se passer, qui débouche sur la mémoire à long terme.

Si je bloque l’hippocampe, j’enregistre ce que vous me dites pendant quelques secondes puis l’oublie totalement : je peux vous reposer cent fois la même question, et après chaque réponse, préciser que j’ai bien compris la réponse…Et l’oublier une minute après ! C’est ce qui se passe dans l’« ictus amnésique » (blocage transitoire) ; aussi impressionnant soit-il pour ceux qui en sont les témoins, il n’est pas le prélude d’une maladie d'Alzheimer. Par bonheur, ceux qui l’ont subi n’en gardent aucun mauvais souvenir.

A partir de cet hippocampe, les lésions de la dégénérescence vont s’étendre comme une tache d’huile, de proche en proche, très lentement (jamais par à coups), pour détruire d’autres zones de l’écorce du cerveau (sa surface, grise, qui contient les neurones), où sont « gérés » l’orientation (dans le temps, dans l’espace), le langage, les « savoir faire » (praxies), les « choses apprises » (mémoire sémantique), puis, de manière plus diffuse encore, le jugement, les comportements… Progressivement la personne malade va perdre toutes les compétences contenues dans ces zones.

Quand débute la maladie d'Alzheimer ?

En pratique, au stade hippocampique que se passe-t-il de visible ? Tout oubli n’est pas le prélude à une maladie, mais il invite à être attentif sans inquiétude excessive. La maladie d’Alzheimer est un glissement de l’oubli banal vers les troubles évidents de la mémoire.

Précocement, elle se manifeste aussi par des difficultés à s’adapter à des situations nouvelles vers une incapacité à gérer le quotidien, de comportements normaux un peu plus marqués que par le passé vers des comportements totalement inadaptés.

Parfois la maladie d'Alzheimer peut se révéler « brutalement » à des familles jusqu’alors trop tolérantes (ou vivant dans une routine totale), à l’occasion d’un évènement aux conséquences spectaculaires (ou choquant pour elles). Elles ont l’illusion que le début a été aigu. Par un dialogue précis on leur fait prendre conscience a posteriori de tout qui a précédé cet « événement ». La dédramatisation par les familles des « erreurs »  en les attribuant à l’âge est une manière de ne pas vouloir s’inquiéter. Surtout, il arrive que des phrases types qui banalisent (on devient vieux, ma femme est ma secrétaire, ça ne m’intéresse plus), des comportements routiniers bien adaptés à un quotidien ritualisé, soient le vernis qui masque la coque rouillée de ce bateau qui flotte malgré tout.

Ce jour-là, je bénissais l’artisan qui avait insonorisé mon cabinet. Adèle laissait échapper un chapelet de soupirs bruyants chaque fois que son mari déclamait avec véhémence qu’il avait une bonne mémoire. Il pourrait, dit-il, nous réciter des poèmes entiers de Victor Hugo. J’espérais secrètement qu’il ne le ferait pas car sa voix de stentor m’aurait attiré les remarques du voisinage. Il trouvait toujours une explication à chacun des oublis à travers une profusion d’exemples.

« Bien sur que j’ai confondu les prénoms de nos petites filles, on ne les voit jamais !

- Tous les week-ends, on les voit tous les week-ends, Raymond !

- Bon, et alors ? Avec tous ces enfants, on s’y perd ! Même toi, ça t’arrive…

- Reprenons, dis-je, si on cherche la dernière année où vous n’avez rien noté d’anormal, selon vous c’était quand ?

- Alors là, docteur, vous me posez une colle ! Disons deux ou trois ans…

- Maman, interviens sa fille en se penchant en avant, rappelle toi il y a 4 ans, à Florence, il s’était perdu devant le Palacio Vecchio, il ne savait même plus le nom de l’hôtel…

- Je me suis perdu parce que vous étiez parties acheter des gellati ! Tu vois que je me rappelle. Tu veux me faire passer pour fou ? Tu crois que j’ai la maladie d’Eisenhower peut-être ? »

 

Dater le début des troubles, même approximativement, est important car on n’envisage pas le même diagnostic si l’installation s’est produite lentement ou rapidement. C’est un critère impératif de cette maladie que de s’installer progressivement.

 

Un autre critère concerne un ensemble de manifestations précises, ce qu’on nomme en médecine des signes. Ils ne sont pas tous présents dès le début de la maladie. Ils vont apparaître et évoluer au cours de son inévitable aggravation.

 

L’entrée en scène de ces signes se fait dans un ordre quasi-immuable. Cette chronologie d’apparition fait aussi partie des critères du diagnostic : ainsi une maladie qui débuterait par des hallucinations et une rigidité serait sans doute une démence autre qu’une maladie d’Alzheimer. Alors que ces mêmes signes apparaitront à un stade tardif de l’Alzheimer…

Comment déraille la chimie du cerveau?

La maladie d'Alzheimer est en rapport avec le mauvais fonctionnement de certains systèmes, des sortes de câblages de neurones, qui sont utilisent des molécules précises qu’on nomme neuromédiateurs.

 

Les neuromédiateurs permettent aux cellules de communiquer entre elles. La première lâche son neuromédiateur dans l’espace qui la sépare de la suivante (la synapse), il va se fixer sur un endroit précis de la membrane de la seconde (le récepteur) et, comme une clé qui ouvrirait un seul type de serrure, il provoque une réaction (chimique et électrique) dans le neurone « receveur » : le message est transmis. Cela peut paraître basique mais ça marche depuis quelques millions d’années. Bien sur, ce n’est pas si simple car, comme dans la vie, il y a des agents d’ambiance. Ce sont des molécules plus complexes qu’on appelle des peptides, libérés eux-aussi par les neurones et qui modulent l’action des neuromédiateurs.

 

Parmi les nombreuses anomalies des neuromédiateurs décelées dans la maladie d'Alzheimer, il est actuellement possible d’agir sur deux d’entre elles : l’acétylcholine (Ach) est « en manque » et la glutamine (Glu) « en excès » (sur un type de ses récepteurs nommé NMDA).

 

Pour être précis, seuls quelques uns des circuits fonctionnant à l’Ach sont atteints. On n’a jamais vraiment démontré, par exemple, que le circuit de l’odorat, qui est aussi dépendant de l’Ach, était déficient. Nos malades d’Alzheimer distinguent encore le vin du jus de raisin qu’on essaie de leur substituer, pourtant versé dans les bouteilles des meilleurs crus, quand on tente de les empêcher de boire. Or le « goût » du vin est en fait l’odeur du vin.

 

Les neuromédiateurs ne sont pas tout ! Dans le cerveau, on met en évidence des anomalies dont on ne sait pas bien si elles sont la cause ou la conséquence des altérations des neurones. Les plus anciennement connues sont les plaques séniles et les dégénérescences neuro-fibrillaires. D’autres pistes existent, par exemple celle explorée par l’équipe du Dr Verdier (Montpellier), qui met en avant une manière anormale d’enrouler une protéine normale. On est dans la troisième dimension ! C’est la piste des neuropeptides.

 

Au terme de l’enquête

 

            Nous avons donc trouvé le lieu où tout commence, c’est l’usine qui fabrique les souvenirs, le lieu-dit hippocampe. Nous savons qu’à partir de là le trafic de plaques séniles et de dégénérescence neuro-fibrillaire s’est étendu pour toucher tout le territoire. Le réseau de malfaiteurs a dévoré les neurones Ach et a favorisé les NMDA. Hélas, le coupable court toujours mais l’enquête se poursuit, le dossier Alzheimer n’est pas clos et les plus fins limiers de la neurologie suivent des pistes. Tous les laboratoires ont lancé des avis de recherche.

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